La croissance face aux défis du quotidien

Qu’elle soit sociale, économique, culturelle ou environnementale, notre actualité ne manque pas de superlatifs. Les salariés-parents n’échappent pas à cette tendance de fond, comme en attestent les nombreuses ressources disponibles pour aider les parents à devenir de meilleurs parents : « j’apprends à gérer … », « 5 moyens de … », « les piliers de … ». Si, comme moi, vous vous êtes un tant soit peu attardés sur les réseaux sociaux en quête de solutions pour comprendre la relation parent-enfant ou tout simplement pour dénicher une activité manuelle un samedi après-midi pluvieux, alors vous aurez tôt fait de compléter ces fins de titres à loisir. Notre actualité ne manque pas de superlatifs, et c’est tant mieux !

Des superlatifs au service de la croissance

Les enfants eux-mêmes usent et abusent de ces superlatifs cependant qu’ils cherchent sans relâche à dépasser leurs limites : « Regarde Maman comme je compte jusqu’à trente mille millions ! » ; « Papa, Papa, j’ai une super trottinette qui va super vite ! ». Je me rappelle, enfant, rectifier avec fierté mon âge « non je n’ai pas 5 ans, j’ai 5 ans et demie ». Cette demie représentait les quelques centimètres gagnés sur la toise, les marches supplémentaires desquelles je pratiquais mon grand saut, les nouvelles lettres déchiffrées à l’école. Je souris en pensant à ma cadette : trop jeune pour suivre le cours de danse auquel est inscrite sa grande sœur, elle n’a de cesse de s’élancer dans des arabesques périlleuses pour se démarquer de cette dernière. A bien y réfléchir, ne se cache-t-il pas en chacun, le désir de développer de nouveaux talents ? Composer nos vies au superlatif ne nous aide-t-il, toute proportion gardée, à encourager notre croissance personnelle ?

La croissance, un cadre mûri pour y gagner

Au long de ce parcours de santé qu’est la parentalité, alors que je remonte mentalement les années, je constate que notre organisation familiale a elle aussi mûri et connu différentes phases de croissance. Ces routines d’enfant que j’avais matérialisées le matin, pour aider à l’habillage avant de partir à la crèche, ou le soir, pour faciliter le coucher, je les ai – sans m’en rendre compte – transposées à ma vie d’adulte.

Dans une vie où les enfants détiennent, à eux seuls, leur part d’inattendu, j’ai appris à ne rien laisser au hasard. « Avoir deux coups d’avance », comme me confiait une maman amie quelques temps après avoir retrouvé ses élèves de petite section au retour de son congé parental. « Deux coups d’avance : pour les repas, pour les activités de la classe, pour les lessives, pour les menus, pour les courses… pour tout ».  Je dois admettre que cette organisation familiale millimétrée qui me semblait dans les premiers temps austère par son caractère cadré, m’offre aujourd’hui le luxe de la sérénité face aux imprévus. Car il en faut, des plans A, B, C, quand la baby-sitter fait tomber son double des clés dans la cage d’ascenseur, quand le seul rendez-vous de pédiatre est le créneau de 10h40 ce mardi matin, et quand la jauge d’essence de la voiture clignote dangereusement en période de blocage des raffineries (un samedi midi, à l’heure du déjeuner de votre bébé qui manifeste de plus en plus bruyamment son impatience). Oui, comme pour ma fille de deux ans, mes routines me donnent un cadre pour la semaine : mon jour de courses (en ligne), ma liste de menus (y compris surgelés), les aimants bricolés et apposés sur le lave-vaisselle signalant à mon mari « lave-vaisselle à vider / à lancer »,  les traditionnels menus pic & croc du vendredi soir ou blinis au saumon du dimanche midi. Ce sont les fruits des ratés ou de l’expérience qui fait son œuvre. Bien plus que des routines, ce sont des repères pour tous, qui plus est, du temps gagné pour des moments de qualité en famille – le cache-cache en famille du dimanche soir, les improvisations de danse de mes deux acrobates pendant que j’étends le linge le mercredi matin, cette sortie hebdomadaire à la ludothèque (…) – ou un sas de décompression rien que pour moi (pendant lequel les enfants savent qu’ils auront le choix d’un dessin animé).

Et vous, quel modèle vous fait croître ?

En entreprise, l’on fixe des piliers pour orienter la stratégie d’entreprise, en anglais, le « business model » ; cette terminologie peut de près ou de loin s’appliquer à l’échelle de l’organisation familiale. Vous prêteriez-vous au jeu, et consacreriez-vous quelques secondes pour réfléchir au modèle qui – vous – vous fait croître ?

 

– La satisfaction client ? où se pratique l’art de l’écoute pour comprendre et s’adapter aux besoins de chacun ?
– La qualité ?
où se déploie le soin dans le détail des activités familiales ?
– La sécurité ?
où s’étudient la recherche de solutions pratiques afin de préserver l’intérêt et la santé de chacun ?
La formation ? où sont mis à l’honneur le développement des compétences et la quête du dépassement de soi dans les petites et les grandes choses ?
La définition des rôles et responsabilités ? où se définit la répartition des tâches, entre petits et grands, pour le bon fonctionnement du logis ?
La saine gestion des ressources ? où l’on ne néglige rien, du sommeil, à l’argent de poche, au temps de jeu sur écrans, autant de clés pour entretenir l’énergie de la maisonnée.
La célébration des réussites ? où sont fêtés les petits pas, les efforts et les réussites.
Des espaces pour communiquer ? où l’on trouve une oreille attentive, où sont prodigués conseils bienveillants et encouragements.

 

Comment définiriez-vous votre modèle familial ? Sur quel(s) pilier(s) vous appuyez-vous ?

Un DRH avec qui j’échangeais sur la question des équilibres professionnel et personnel me confiait qu’il ne s’agit pas tant, pour un employeur, de savoir comment s’est organisé tel collaborateur à son retour de congé maternité ou paternité, mais plutôt d’évaluer la capacité d’anticipation et de constater que des solutions ont été mises en place pour parer aux événements surprises inhérents à la vie de parents.  Autant de familles, autant de modèles.

Voilà qui mérite bien un superlatif : méga-rassurant !

 

France Argouarc'h

Gestion de projets RH, salariée-parent